15Le plan de paix suisse est le fruit d’un travail entamé au lendemain de l’échec du sommet de Camp David, en 2000. Avec la bénédiction du Mossad. Retour sur trois ans de négociations secrètes.
Dans la foulée du sommet avorté d’Ehud Barak et de Yasser Arafat Camp David (été 2000), l’ancien ministre israélien Yossi Beilin et l’ancien ministre palestinien Yasser Abed Rabbo se sont retrouvés début janvier Taba (Egypte) pour tenter, malgré tout, de mettre un point final un demi-siècle de conflit. Alors qu’ils touchent presque au but, l’Intifada fait rage et le travailliste Barak est balayé aux élections, trois semaines plus tard. En mars, Ariel Sharon forme un cabinet d’union nationale avec les travaillistes. «Prouvons au monde que nous croyons toujours au processus d’Oslo» enclenché en 1993, dit Rabbo Beilin. Avec le feu vert du Mossad, ce dernier relève le pari. Dans les locaux du quotidien Al Qods Jérusalem-Est, les deux compères décident de rebattre les cartes et de s’adjoindre des conseillers. Coté israélien, ce sera le juriste britannique Daniel Lévy, fils de Sir Michael Lévy, l’envoyé spécial de Tony Blair au Proche-Orient. Son interlocuteur palestinien sera le juriste Rith alOmari. Des experts des deux bords en droit, économie, stratégie (par exemple le général de réserve Amnon Lipkin Shahak, exchef d’état-major israélien) sont aussi mobilisés. Il beaucoup de fil retordre pour trouver des compromis détaillés sur Jérusalem, les lieux saints, les réfugiés, les colonies, l’eau. Pourtant, au fil des discussions le plus souvent au siège de la Banque mondiale, non loin du barrage routier d’ARam, au nord de Jérusalem il des progrès. Parapluie international Lors d’une rencontre Londres, en février, un succès de taille est enregistré, avec un premier accord sur les frontières et les arrangements sécuritaires. Du coup, les équipes des deux bords sont étoffées. Chez les Palestiniens: des personnalités politiques de premier plan, comme Nabil Kassis et Hisham Abdel Razek, ainsi que des représentants des clans familiaux traditionnels et de la jeune garde du Fatah comme Fares Kadouri et Mohamed Horani. Ces derniers affirment avoir requ l’approbation de leur chef, Marwan Barghouti, depuis sa prison en Israel. De l’autre coté du tapis vert: les écrivains Amos Oz et David Grossman, des universitaires comme le professeur Arié Arnon (un des piliers du mouvement La Paix Maintenant), ainsi que les Mais il faut aussi voyager travers la planète. Billets d’avion, séjours l’hotel: ces tractations de l’ombre coutent cher. Beilin est soutenu par divers donateurs l’étranger, notamment au Japon. Il peut, certes, aussi compter sur l’appui de son ami de toujours, le pacifiste Avi Shaked, un puissant homme d’affaires israélien. Mais c’est insuffisant. Coup de chance: en décembre 2001, l’occasion d’un débat l’Université de Genève avec l’écrivain et orientaliste palestinien Edward Sai’d, Beilin fait la connaissance d’Alexis Keller. Le courant passe tout de suite avec cet universitaire qui s’enthousiasme. C’est le sponsor idéal, car ce fils de banquier beaucoup d’entregent. Il meme l’oreille de Micheline Calmy-Rey, qui va désormais s’intéresser de très près aux progrès des architectes de l’espoir au Proche-Orient. «Nous nous sommes battus sur chaque mot, chaque virgule», reconnaìt Beilin. Et, au final, c’est sous les auspices du Ministère suisse des affaires étrangères que doit etre lancé, lundi, le compromis historique conclu le 12 octobre dernier au Movenpick de la mer Morte en Jordanie. députés Avraham Burg exprésident de la Knesset Amram Mitzna et Haim Oron, ou meme l’ex-ministre Youli Tamir. Il manque le parapluie international. Pas pour longtemps. Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, de la diplomatie allemande, Joschka Fischer, russe, Igor Ivanov, et l’exprésident américain Jimmy Carter sont mis dans la confidence. Coup de chance