Education de la petite enfance: une formation en chantier

Le 15 décembre dernier, l’Institut pédagogique de Lausanne (IPgL) et l’Ecole d’études sociales et pédagogiques (EESP) ont rendu un rapport Anne-Catherine Lyon, cheffe du Département de la formation et de la jeunesse, dans le cadre d’un groupe de travail «Petite enfance». Sollicitées par le Service de protection de la jeunesse (SPJ), les deux écoles offrent peu ou prou de doubler les effectifs de leurs prochaines volées d’éducatrices de la petite enfance. Cela pour répondre la pénurie de personnel qualifié qui frappe les garderies du canton. Un manque qui menace de s’amplifier de fagon exponentielle ces prochaines années, au vu de l’augmentation du nombre de places d’accueil environ 2500 projetée par les autorités cantonales grace au crédit fédéral d’impulsion. En septembre 2004, l’EESP propose donc d’ouvrir 60 places d’étudiants en cours d’emploi, soit 36 de plus que prévu. L’IPgL fait aussi une proposition dans ce sens. Le démarrage, en 2005, du Certificat fédéral de capacité «socio-éducatif» (ce futur apprentissage n’a pas encore de nom, ni de contours précis) permettra sans doute également, dès 2008, de colmater quelquesunes des brèches de l’accueil de la petite enfance. «La question n’est plus: «Est-ce qu’on en veut ou pas, de ce CFC?» mais: «Qu’est-ce qu’on en fait?» rappelle Philippe Lavanchy, directeur du SPJ. «Nous avons par ailleurs demandé que démarre en 2004 une dernière volée de régularisation de l’ordre de 300 places de formation pour les personnes qui travaillent déjà dans des structures d’accueil de la petite enfance, mais sans titre reconnu» (n.d.l.r.: c’est le Centre d’études et de formation continue pour travailleurs sociaux de Genève qui devrait former ces gens). Séparer les filières HES et non HES Dans ce contexte d’extreme disette en personnel qualifié, on apprend avec stupéfaction que l’EESP pourrait renoncer, dès 2005, «produire» des éducatrices de la petite enfance. La chose semble d’autant plus improbable que cette formation, lancée en 1952 par Alice Curchod dans le cadre de la Fondation Gustave Curchod, est avec l’école Pahud une des pierres angulaires de l’EESP. En réalité, l’école n’a pas le choix. Le fait est que cette filière «petite enfance» de meme que celle formant les maìtres socioprofessionnels (lire encadré) n’a pas été admise faire partie de la nouvelle Haute Ecole spécialisée santé-social de la Suisse romande (HES-S2), contrairement aux quatre autres formations proposées par l’EESP (animateurs socioculturels, assistants sociaux, éducateurs spécialisés et ergothérapeutes). terme, l’établissement ne pourra maintenir sous le meme toit des filières HES et non HES, comme l’a rappelé il quelque mois une lettre d’AnneCatherine Lyon faisant suite une injonction de la Confédération. Dès l’entrée en vigueur de la nouvelle loi fédérale sur la formation professionnelle, prévue en 2004, une ordonnance fixera le nouveau cadre des formations de niveau tertiaire non HES. Celles-ci seront appelées «formations ES» ou «Ecoles supérieures» et remplaceront les actuelles formations ESTS (diplomes en travail social). La piste «éducation sociale» L’EESP pourrait envisager de créer une Ecole supérieure. Ce n’est pas le cas. Pour ne pas lacher les maìtres socioprofessionnels et la petite enfance, pour ne pas jeter aux oubliettes les ressources développées au fil des ans dans ce domaine et, surtout, de crainte de voir baisser le niveau de formation, l’ancienne école Pahud imaginé une autre parade. Elle suggère, sur le modèle des pays nordiques et anglo-saxons, d’abandonner les étiquettes «petite enfance» ou «maìtres socioprofessionnels» et de mettre sur pied une filière généraliste d’ «éducation sociale» au niveau HES qui engloberait aussi les futurs éducateurs spécialisés. L’idée fait son chemin. Un groupe d’experts mandaté par le comité directeur de la HES-S2 prépare actuellement un dossier sur ce projet l’intention du comité stratégique de la HES (le COSTRA), présidé par la conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon. Verdict attendu au printemps 2004. «Ne pas ètre cantonné dans une seule profession» «Je suis convaincue qu’il de la place pour les trois niveaux de formation», nous confiait Anne-Catherine Lyon le 10 décembre dernier, l’issue de la cérémonie de proclamation des nouveaux diplomés de l’EESP: «L’idée de créer une filière généraliste d’éducateurs sociaux est tout fait intéressante. Il me semble important qu’on puisse aussi aller jusqu’au niveau HES dans ce domaine complexe de la petite enfance. Et, par les temps qui courent, cela offre aussi la possibilité de ne pas etre cantonné dans une seule profession.» Aux yeux de la présidente du COSTRA, ce serait aussi une manière élégante de guérir la blessure infligée ces formations, exclues, dans un premier temps, de la HES-S2 de Suisse romande. Dans cette architecture trois étages, l’IPgL accueillerait logiquement les étudiants du niveau tertiaire ES (actuellement, 80% des élèves de cette école n’ont pas de maturité). Jean-Baptiste Dumas, directeur, est assez favorable au projet de l’EESP. Selon lui, cette filière généraliste offrirait une passerelle bienvenue vers la HES pour les diplomés de son école qui souhaiteraient pousser plus loin leurs études. Cependant, il considère que les éducateurs sociaux au bénéfice d’un titre HES se détourneront de la petite enfance pour travailler dans des secteurs où les conditions d’emploi sont nettement supérieures.