La plupart des banques taxent les bancomats

Les retraits auprès des automates des banques dont on n’est pas client soni taxés par un nombre croissant d’établissements. En toute opacité.
Sur le site internet alémanique de Konsuminfo, spécialisé dans les questions de consommation, seule la future hausse des primes maladie fait mieux. Konsuminfo en effet ouvert hier un forum sur le thème des frais bancaires. En une seule journée, des centaines d’internautes s’y sont connectés et les réactions sont très majoritairement indignées, l’instar de Reto Lipp, rédacteur en chef du magazine financier Stocks: «C’est une honte. peine les banques nous ont-elles chassés des guichets pour que nous retirions l’argent aux automates qu’elles nous taxent chaque retrait.» Depuis le 1er janvier prochain, en effet, nombre de banques cantonales ainsi que La Poste vont suivre l’exemple des grandes banques suisses et facturer les retraits d’argent liquide effectués dans des bancomats étrangers la banque dont on est client. Parmi les irréductibles, la Banque Cantonale Vaudoise et la Banque Cantonale de Genève. Des prix différents Mais de la Banque Cantonale de Zurich celle de Bale, de Berne Zoug, toutes les banques publiques vont désormais faire passer «l’étranger» la caisse. Ainsi, dès le 1er janvier, si vous etes un client du Credit Suisse et que vous désirez prélever une somme quelle qu’elle soit sur un appareil de l’UBS, il vous en coutera francs par retrait. Mais attention. Pour ne rien simplifier, cette taxe d’un nouveau genre varie d’un établissement bancaire l’autre. On ne rase donc plus gratis aux automates. Or cette réalité imminente fait bondir la Fondation pour la protection des consommateurs, une organisation dirigée par la Bernoise Simonetta Sommaruga, brillamment élue aux dernières élections au Conseil des Etats. «Peu de personnes savent qu’une taxe peut etre prélevée lorsqu’ils retirent de l’argent au bancomat d’une banque dont ils ne sont pas clients», accuse la Fondation. Cette question, ajoute-t-elle, pourtant «pris de l’ampleur, car de nombreux établissements bancaires ont fermé leurs guichets dans les villages et les quartiers des grandes villes. Nombre de Suisses sont dès lors obligés d’utiliser les distributeurs billets de banques dans lesquelles ils n’ont pas de comptes.» L’organisation de défense des consommateurs vient donc d’interpeller le Conseil fédéral, en la personne du ministre de l’Economie Joseph Deiss,pour qu’il fasse appliquer l’ordonnance fédérale sur l’indication des prix (OIP). Cette dernière exige que non seulement les prix ou les tarifs soient affichés, mais qu’ils puissent etre aisément comparés. compris pour les banques. Afficher les prix Or, sur les bancomats, il n’y aucune trace d’un tel affichage. La fondation de Simonetta Sommaruga propose dès lors que les taxes pergues apparaissent sur l’écran de l’ appareil billets au moment du retrait, laissant ainsi le choix au client d’effectuer son retrait ou de l’annuler. Mais ce n’est pas tout. Depuis des années déjà, les défenseurs des consommateurs s’en prennent l’explosion et la multiplication des frais bancaires en Suisse, et ce, selon eux, dans un manque certain de transparence. «Ces dernières années, affirme ainsi Emanuel Scheriau, de Comparis.ch, les banques ont congu des taxes qui frappent prioritairement les petits épargnants.» Jusqu’alors, par exemple, certaines d’entre elles octroyaient la gratuité de retrait un bancomat «étranger» uniquement si le client avait une somme donnée sur son compte. En outre, dénonce-t-il, «elles ont un talent consommé pour inventer de nouveaux frais». Pour exemple, les frais de gestion de base pour un compte jaune Postfinance vont passer de 36 48 francs dès le 1er juin 2004, soit une hausse de 33% Dans presque tous les cas, ces couts Pas de report systématique TAXES Toutes les banques ne reportent pas les taxes convenues avec leurs consreurs. Les taxes en cas de prélèvement un automate d’une autre banque ne sont pas une nouveauté. Simplement, de plus en plus d’établissements reportent ces frais sur leurs clients. «Ces taxes résultent d’une convention entre les banques suisses», explique Philippe Thévoz, chargé des relations publiques l’Union Suisse des Banques Raffeisen. Ainsi, lorsque le client de la banque retire de l’argent au bancomat de la banque B, une taxe de francs est facturée par A. Libre cette dernière de reporter cette somme sur son client. «Notre politique est de limiter au maximum les frais facturés nos clients, indique Philippe Thévoz. Aussi, les clients des banques Raiffeisen ne se voient pas facturés ces frais de retrait.» Une telle pratique n’est pas l’ordre du jour. Meme son de cloche auprès de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV). «Les retraits auprès d’autres bancomats sont gratuits pour nos clients, renchérit Daniel Herrera, porte-parole de l’établissement vaudois. Et il n’est pas question de changer pour le moment.» Concernant les opérations online, ni la BCV ni les banques Raiffeisen n’ont l’intention de rendre payants leurs services respectifs BCV-net et Raiffeisen-direct «Seuls les ordres de paiement l’étranger sont taxés francs», précise Daniel Herrera.
Meme la banque online se paie FRAIS Après avoir encouragé leurs clients saisir eux-memes leurs opérations, certains établissements fourbissent leurs taxes. Les requetes vers davantage de transparence laissent l’Association suisse des banquiers de marbre. «Si les clients veulent s’informer, ils le peuvent», rétorque Thomas Sutter, porte-parole de l’ASB. L’organisme faìtier ainsi édicté pour ses membres des lignes directrices «pour une information optimale des clients pour les opérations courantes». Ces dernières imposent aux banques de rendre accessibles tous les tarifs leurs guichets. L’ASB estime dès lors que les établissements bancaires sont uniquement tenus de signaler l’introduction de nouveaux frais ou la modification d’un tarif. Voilà pour la position officielle. Or des taxes peuvent aujourd’hui apparaìtre là où l’on s’y attend le moins. Après la fin de la gratuité du bancomat, voici venir le temps des frais sur les opérations en ligne et la banque par internet. Là où précisément le client été, ces dernières années, fortement encouragé se doter d’un ordinateur et réaliser lui-meme ses transactions (paiements, transferts, etc.). L’uBs ouvert les feux du prélèvement online. Ainsi, elle facturera 50 centimes chaque ordre de virement si le client internaute ne dispose pas de 10 000 francs sur son compte privé … quoi elle ajoute encore des frais de gestion de compte de 24 francs. Explication de l’UBS: elle se doit ainsi de couvrir des investissements de plusieurs centaines de millions de francs pour la sécurisation des transactions par internet. Selon le magazine Saldo, d’autres banques devraient suivre l’exemple l’an prochain. Alors, quand la facturation des mètres cubes d’air que le client respirera dans le hall d’une banque?