L’électrochoc de Zoug

Beat Gsell été engagé par le canton la suite de l’attentat au Parlement. En poste depuis février, il intervient lors de conflits entre les citoyens et les autorités.
Beat Gsell est de ceux qui inspirent confiance. Lunettes rondes, yeux rieurs et tempérament posé: le nouveau médiateur de Zoug met son interlocuteur immédiatement l’aise. Une qualité essentielle pour un travail délicat, dont l’objectif est de tenter d’enrayer les conflits avec les citoyens conflits qui, dans le cas de Friedrich Leibacher, avaient conduit un fatai engrenage. En effet, pour se venger de ses démèlés avec les autorités zougoises, ce citoyen avait abattu quatorze politiciens en septembre 2001. Mais Beat Gsell ne tient pas évoquer le drame, mème si son poste été créé la suite de celui-ci. «Moins j’en sais, mieux je me porte», dit-il. Sa force, c’est justement d’ètre en dehors de tout qa. «Je n’ai aucun lien particulier avec Zoug. Je n’ai pas été traumatisé par cette tragèdie, car je ne connaissais aucune des victimes.» Originaire de Suisse orientale, Beat Gsell vit depuis vingt-huit ans Zurich où il exerce le métier d’avocat. Il partagé sa première étude avec Moritz Leuenberger, devenu conseiller fédéral en 1995. Il trois ans, il décide de suivre des cours de médiation Baden. «J’avais envie de résoudre les problèmes autrement que par la confrontation qui est le lot quotidien des avocats.» Depuis qu’il été nommé au poste de médiateur Zoug mitemps, Beat Gsell fait les trajets deux fois par semaine, le lundi et le mercredi. Des discussions sont en cours pour prolonger son temps de travail. Car depuis la création du poste, en février 2003, son bureau ne désemplit pas. Un bureau qu’il d’ailleurs volontairement choisi l’écart des locaux de l’administration, dans un immeuble commercial, près de la gare. «Il est important de montrer que je suis indépendant vis-à-vis des autorités.» Le canton n’a d’ailleurs pas la possibilité de consulter ses dossiers. Fonctionnaires désécurisés En dix mois, il s’est déjà occupé d’une septantaine de cas, pour la plupart des conflits entre des citoyens et des juges d’instruction, la police, le service des tutelles ou liés des prestations de l’Etat. Et ce ne sont pas seulement les citoyens, mais aussi les employés de l’administration qui s’adressent lui. Car depuis la fusillade, le nombre de menaces proférées l’encontre des autorités massivement augmenté, selon le chancelier zougois Tino Jorio. «Certaines personnes se réfèrent explicitement Leibacher, dit Beat Gsell. Alors que d’autres font des allusions du type: Jusqu’où faut-il aller pour se faire entendre?» Les fonctionnaires, mème si certains ont depuis requ une formation spécifique pour faire face aux cas difficiles, ont été désécurisés. Pour l’avocat zurichois, l’existence d’un médiateur qui prend en charge les cas délicats permet de faire baisser la pression. «Il arrive aussi que certaines administrations, l’Office des poursuites par exemple, donnent mon adresse lorsqu’elles voient qu’une personne va au-devant de grandes difficultés.» Avec l’autorisation explicite de ses clients, le médiateur le droit de consulter leurs dossiers dans les administrations concernées. «Dans le litige qui les oppose l’administration, ils me prennent souvent pour leur avocat, dit Beat Gsell. Mais mon role est d’écouter chaque son de cloche et d’apprécier le cas pour voir si une médiation est possible.» Pourtant, une véritable médiation, au sens strict du terme, n’aboutit que dans de rares cas. «Le fait d’écouter les gens et de les prendre en considération suffit, souvent, désamorcer leur sentiment d’injustice et de frustration.» En revanche, s’ils devaient persister dans la menace, Beat Gsell n’hésiterait pas faire appel la police: «Je prends les problèmes de chaque client très au sérieux et ses menaces également.» Après dix mois de médiation Zoug, Beat Gsell est convaincu de la nécessité d’un tel poste, mème s’il est impossible de savo ir si l’existence d’un médiateur aurait pu éviter la tuerie. «La menace d’un nouveau drame peut en tout cas ètre réduite», estime Beat Gsell.